Pourquoi j’ai arrêté d’arracher les « mauvaises » herbes : les 3 façons de se soigner

Le jardin de mes parents, c’était un champ de bataille le week-end. Mon père, ses gants, sa pioche — et cette conviction absolue que toute plante non invitée devait être éradiquée. Je regardais ça faire. Et dans mon ventre, quelque chose disait non.

Pas une hésitation, pas un doute qui s’installe progressivement. Un non franc, immédiat, viscéral.

Lors de mes balades dans les champs autour de chez nous, je ramassais des herbes en douce. Une ortie, un pissenlit entier avec sa racine, une feuille de plantain. Je les glissais dans ma poche sans trop savoir pourquoi, comme si je les mettais à l’abri. Ces plantes étaient là bien avant moi. Elles seraient là bien après. Qu’est-ce qui nous donnait le droit de les arracher avec autant d’acharnement ? Et surtout — pourquoi lutter contre quelque chose d’aussi persévérant ? Cette persévérance-là, elle avait forcément une raison d’être.

J’avais compris ça très jeune. Pas dans les livres. Dans les champs.

Des années plus tard, en m’intéressant à la phytothérapie et aux traditions de soin à travers le monde, j’ai mis des mots sur ce que mon ventre savait déjà. Il existe trois grandes façons de concevoir la santé. Trois visions du corps humain, trois rapports à la maladie. Et elles n’ont pas grand-chose en commun.

La première : le corps comme une machine

C’est la médecine que tout le monde connaît. Le corps est un mécanisme. La maladie est une panne. On cherche la pièce défaillante, on la répare ou on la supprime. Efficace, précis, indispensable.

Je ne crache pas dessus — loin de là. Si je me fracture quelque chose, c’est vers elle que je vais, sans hésiter. Pour les urgences, les traumatismes, les diagnostics complexes, elle est irremplaçable et je le reconnais volontiers.

Mais pour la fatigue chronique, le stress qui s’accumule, les petits signaux que le corps envoie sans qu’aucune analyse ne les capte… elle tourne souvent à vide. Parce qu’une fatigue, ce n’est pas une panne. Et aucune ordonnance ne changera ça.

La deuxième : le corps comme un temple à purifier

Celle-là, c’est le terrain des médecines alternatives, des cures détox, des jeûnes stricts et des régimes d’élimination. Le vocabulaire est guerrier : on « combat » les toxines, on « nettoie » l’organisme, on « éradique » les impuretés. La maladie, dans cette logique, c’est la conséquence d’un corps encrassé. D’une vie mal vécue.

Elle peut donner un coup de fouet, je ne vais pas mentir. À court terme, ça secoue.

Mais à long terme ? C’est épuisant. Physiquement et mentalement. Elle entretient l’idée qu’on est perpétuellement sales, perpétuellement coupables de ce qui nous arrive. Et quelque part, c’est exactement la même guerre que mon père menait contre les pissenlits — une lutte sans fin contre quelque chose qui reviendra toujours.

La troisième : le corps comme un écosystème à nourrir

C’est la plus vieille des trois. Celle d’avant les laboratoires, avant les certifications, avant l’industrie du bien-être à 1 400 milliards de dollars. Celle des gens qui connaissaient les plantes de leur territoire — pas les plantes exotiques venues de l’autre bout du monde, celles qui poussaient au bord du chemin, dans les friches, entre les pierres.

Ici, la maladie n’est ni une panne ni une punition. C’est un signal. Le corps qui dit qu’il a besoin de soutien, pas d’une guerre.

Et la réponse n’est pas de combattre. C’est de nourrir.

Concrètement : le repos vrai, les aliments entiers, et ces plantes ordinaires qu’on piétine sans les voir. L’ortie. Le pissenlit. Le trèfle rouge. Des plantes gratuites, accessibles, locales — qui n’ont pas besoin d’un packaging kraft et d’une certification pour être efficaces.

Ce que j’en ai retenu

Le pissenlit que mon père arrachait chaque samedi matin avec tant d’énergie ? C’est l’un des meilleurs soutiens hépatiques qui soit. L’ortie qui piquait mes mollets dans les hautes herbes ? Une des sources de minéraux les plus denses de notre flore — fer, calcium, magnésium. Je l’infuse régulièrement quand je sens que la machine ralentit.

Ce qui me plaît dans cette troisième voie, c’est qu’elle ne me rend pas coupable. Elle ne me vend rien. Elle me reconnecte à ce qui m’entoure plutôt qu’à ce que je devrais commander en ligne.

La prochaine fois que vous voyez une « mauvaise herbe » pousser avec obstination là où personne ne l’a invitée, posez la pioche une seconde. Elle était là avant vous. Elle sera là après. Et si vous prenez le temps de faire connaissance

Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille

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