Planche botanique : Polypore versicolore

Ma première rencontre avec la tramète versicolore, j’avais une dizaine d’années. Un hangar abandonné, un amas de vieux placards des années 60, et sur le bois — ces formes circulaires aux bandes concentriques de brun, beige, gris et vert qui recouvraient tout. J’ai cru qu’il s’agissait d’un de ces champignons redoutables dont on m’avait appris à me méfier. Mes grands-mères avaient été claires là-dessus : « Si tu n’es pas un adulte, tu ne dois jamais toucher aux champignons. Le risque de confusion est beaucoup trop important. Laisse faire les grands ! » Je les ai laissé faire. Et j’ai attendu.

Il m’a fallu attendre mes vingt ans, et un effondrement colossal de mon système immunitaire, pour daigner m’y intéresser vraiment. À cette époque, je souffrais d’un mal-être intérieur d’une violence extrême — crises d’angoisse terribles, paralysie temporaire des membres, hypersensibilité intestinale, fatigue persistante. C’est là que j’ai compris pour la première fois que mon ventre et mon stress étaient liés d’une façon que je ne pouvais plus ignorer. Et c’est là que j’ai commencé à chercher du côté des champignons médicinaux.

Le polypore versicolore — tramète versicolore, queue de dinde pour les Anglo-Saxons — est un des champignons les plus faciles à trouver en forêt tempérée. Quand on part à la chasse aux cèpes et aux bolets, on tombe sur une agglomération de tramètes en dix minutes — contre un après-midi pour cinq bolets. Sa forme circulaire ou semi-circulaire, ses bandes concentriques de couleurs variées sur la surface supérieure, ses petits pores blancs à crème sur la face inférieure — une fois qu’on le connaît, on le voit partout. Sur les troncs morts, les souches, les vieux tas de bois. Il pousse seul, sans demander d’aide, et il travaille de la même façon — efficacement, sans avoir besoin qu’on lui ajoute quoi que ce soit.

Ce que j’apprécie particulièrement dans ce champignon par rapport aux autres immunomodulateurs réputés — cordyceps, reishi, shiitake — c’est qu’il est local. Si comme moi vous avez la conviction de ne travailler qu’avec ce qui pousse autour de vous, la tramète est une chance. Les champignons aux propriétés exceptionnelles viennent souvent d’Asie — difficiles à trouver, coûteux, souvent vendus en gélules industrielles de qualité douteuse. La tramète, elle, pousse dans votre forêt, sur votre tas de bois, sur la souche du fond du jardin. Gratuitement. En abondance.

Je veille à ne jamais la consommer en capsules industrielles — trop souvent pré-broyées depuis trop longtemps, trop peu concentrées. Je prépare ma propre poudre fraîchement broyée que je mélange à mes potages et chocolats chauds, ou je sors l’alambic pour en faire une teinture-mère. C’est cette dernière forme que je préfère — la concentration est optimale et l’action précise. Pour activer les composés médicinaux avant de préparer la teinture ou la poudre, je passe les morceaux séchés au four — comme pour le chanvre. La chaleur brise certaines liaisons moléculaires et permet une meilleure biodisponibilité de l’action immunomodulatrice, anti-inflammatoire et antioxydante.

Ce champignon est utilisé depuis des siècles en Asie, en Europe et par les peuples autochtones d’Amérique du Nord. Les médecins chinois le reconnaissent pour les infections et inflammations des voies respiratoires supérieures, des voies urinaires et digestives. Les recherches récentes confirment son action sur la stimulation des lymphocytes et des cellules tueuses naturelles — ces cellules qui défendent l’organisme contre les infections et les cellules cancéreuses. Des effets inhibiteurs sur la croissance des cellules cancéreuses — sein, prostate, tube digestif — ont été documentés, par apoptose et inhibition de la prolifération. Il protège le foie, réduit l’inflammation chronique, soutient les maladies inflammatoires de l’intestin et l’arthrite. Je l’utilise en prévention pour renforcer mes défenses naturelles, et en usage curatif pour aider mon corps à résister aux agressions — virus, infections, stress oxydatif, stress psychologique.

Un fait intéressant que j’aime mentionner : certains champignons, exposés à la lumière ultraviolette, synthétisent de la vitamine D de la même façon que la peau humaine. Laisser les tramètes sécher au soleil avant de les préparer n’est donc pas anodin.

 

Ce qu’il fait pour le corps — dans le détail

Le renforcement du système immunitaire. 20 gouttes de teinture-mère une fois par jour en interne, en continu pendant les périodes à risque — hiver, stress prolongé, récupération post-maladie. Une gélule de poudre fraîchement broyée par jour pendant vingt jours en alternative. L’action s’accumule dans le temps — c’est une plante de fond, pas d’urgence.

L’action antioxydante contre le stress oxydatif. 15 gouttes de teinture-mère deux fois par jour en interne. Elle protège les cellules contre les dommages oxydatifs et améliore la fonction hépatique en profondeur — un soutien précieux pour le foie après des périodes de surcharge toxique ou médicamenteuse.

L’inhibition des cellules cancéreuses. 25 gouttes de teinture-mère trois fois par jour en interne, en usage curatif. Une action complémentaire aux traitements médicaux conventionnels — jamais à la place. Les polysaccharides du champignon agissent par apoptose sur les cellules cancéreuses et inhibent leur prolifération.

En cuisine. Quelques morceaux dans le bouillon, la soupe, le chocolat chaud — les mêmes propriétés que la teinture-mère, sous une forme quotidienne et accessible. Un goût fort agréable qui s’intègre sans forcer dans les plats chauds.

Contre-indication à connaître : le polypore versicolore peut avoir des effets anticoagulants — problématique pour les personnes sous médicaments régulateurs de la coagulation sanguine. Consultez avant tout usage régulier si vous êtes sous traitement anticoagulant.

 

Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille

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