Chez ma grand-mère, il y avait des réunions d’anciens. Des gens qui avaient travaillé à l’usine Solex toute leur vie — vous savez, ces vélos à moteur dont j’ai eu mon premier exemplaire à dix ans, une joie immense de pouvoir rouler en pleine campagne normande. Ces anciens avaient attendu la retraite pour se plaindre. Pas des conditions de travail — ça, c’était derrière eux. Non. Ils parlaient de leurs mains déformées, de leurs genoux qui grincent, de leurs pieds douloureux aux extrémités tordues. Dans les dernières années de vie de ma grand-mère, les doigts de ses mains se chevauchaient tellement que j’avais peine à imaginer qu’elle puisse passer ses journées sans souffrir en permanence.
Plus tard, mes parents. Des sciatiques. Impossible de passer la tondeuse, bêcher le potager ou conduire plus d’une heure sans finir avec une ceinture lombaire et un antidouleur. Ce qui devait être un weekend relaxant à la campagne se transformait trop souvent en supplice.
J’observais tout ça. Je prenais note. Mais honnêtement, je ne me suis pas vraiment intéressé au chanvre à ce moment-là. Mon intérêt pour cette plante est venu plus tard — beaucoup plus tard — et d’une façon que je n’aurais pas choisie.
Il y a quelques années, j’ai subi un grave accident. Triple hernie discale et cervicale. Ce qui a suivi, c’est une avalanche de symptômes que je ne souhaite à personne : perte d’équilibre, compensation musculaire, incontinence, douleur de haut en bas vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Plus de marche normale, plus de sommeil sans souffrance, incapacité totale de rester assis plus de cinq minutes. Je me retrouvais à chercher les positions les plus absurdes pour trouver un soulagement d’une minute — jusqu’à m’allonger sur le dos en plein centre commercial, respirant par à-coups pour ne pas déclencher la moindre contraction. Peu importe le degré de ridicule, du moment que ça soulageait un peu.
J’ai été pris en charge par de très bons spécialistes. Perfusions, injections, cachets, pommades. Des molécules de plus en plus puissantes, aux effets secondaires de plus en plus lourds : tremblements, acné, déficience immunitaire, ulcères, hypertension, cholestérol, maturation osseuse prématurée. Et malgré tout ça — deux ans d’acharnement thérapeutique — aucun résultat positif. Mon corps avait tellement souffert, tellement mémorisé la douleur, que plus rien ne faisait vraiment effet. Hors de question de continuer avec des stéroïdes.
C’est à ce moment que je me suis tourné vers le chanvre.
Je savais que je pouvais l’utiliser. Mais j’habite en Hongrie — et la Hongrie applique une tolérance zéro sur toutes les substances, alcool comme cannabis. En France on peut boire un verre de vin et prendre sa voiture. Ici, un simple frôlement de lèvres contre un verre d’alcool, c’est le retrait immédiat de permis. Pour le cannabis, c’est la case prison. Pas d’amende — la prison. La possibilité légale de se procurer du CBD est arrivée bien après mon besoin urgent d’en prendre. J’ai donc cherché, potassé, trouvé des spécialistes, cherché la faille dans le système. Elle existait. J’ai semé du Cannabis ruderalis dans mon jardin.
Le ruderalis, c’est la sous-espèce la moins connue du genre Cannabis. Originaire d’Europe du Nord et d’Asie centrale, petite plante de trente à soixante centimètres, à floraison automatique — elle ne dépend pas des cycles lumineux comme ses cousines, ce qui la rend parfaite pour nos étés courts. Faible en THC — ce qui n’intéresse pas les fumeurs récréatifs — mais riche en CBD et autres cannabinoïdes. C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Quelques semaines plus tard, j’avais une belle rangée de plants verts prêts à être exploités. J’ai attendu la floraison, récolté les fleurs, fait sécher. Ensuite, la décarboxylation — chauffer les fleurs broyées au four entre 100 et 110°C pendant quarante-cinq minutes sous papier sulfurisé. Ce processus convertit le CBDa en CBD actif. Puis extraction par macération dans de l’alcool ou dans de l’huile, minimum quatre semaines. Simple. Fait maison. Sans laboratoire, sans certification hors de prix.
En six mois d’utilisation, j’ai cessé d’avoir des douleurs. Deux ans d’enfer, six mois de chanvre. Je ne dis pas ça pour vendre un miracle — je dis ça parce que c’est ce qui s’est passé pour moi, et parce que depuis, j’ai travaillé avec des patients souffrant de douleurs chroniques, de nerfs à vif, d’os douloureux, de muscles contractés en permanence — et les résultats sont là, documentés, répétés.
Ce que le CBD fait, c’est interagir avec le système endocannabinoïde du corps — ce réseau de récepteurs qui joue un rôle dans la régulation de la douleur, de l’inflammation, du sommeil et de l’anxiété. Nous avons tous ces récepteurs dans le cerveau. En théorie, la plante peut aider tout le monde. En pratique, certaines personnes ne ressentent pas d’amélioration — comme avec tout remède, il faut trouver ce qui fonctionne pour soi. Et une chose importante à savoir : le CBD ne calme pas une crise de panique dans l’immédiat. Il a besoin de s’accumuler dans l’organisme pour agir pleinement. C’est une plante de fond, pas d’urgence.
Pour l’arthrite spécifiquement, une étude de 2006 a montré des améliorations significatives de la qualité du sommeil, de la douleur au mouvement et de la douleur au repos chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde par rapport à un placebo. Ces résultats correspondent à ce que j’observe en pratique depuis des années.
`Ce qu’il fait pour le corps — dans le détail
Les douleurs chroniques et l’inflammation. C’est son action centrale — celle qui a changé ma vie. 15 à 20 gouttes de teinture-mère trois fois par jour en interne. Une accumulation progressive dans l’organisme qui réduit l’inflammation en profondeur, atténue la douleur nerveuse et musculaire, et restitue progressivement une qualité de vie que les anti-douleurs chimiques n’avaient pas réussi à rendre. Pour les douleurs articulaires, musculaires et post-traumatiques — c’est le protocole que j’utilise et que je recommande.
Le stress, l’anxiété et la panique émotionnelle chronique. 15 gouttes une fois par jour en interne, en continu. L’épuisement moral qui accompagne la douleur chronique est souvent aussi dévastateur que la douleur elle-même — le CBD agit sur les deux simultanément, avec le temps. Pas un anxiolytique de choc, mais un régulateur profond du système nerveux.
Les ecchymoses, crampes musculaires et tensions. En baume à base d’huile infusée, appliqué directement sur les zones douloureuses. J’y ajoute du millepertuis pour un effet d’entourage — les deux plantes se potentialisent mutuellement sur les douleurs musculaires et nerveuses.
Contre-indication importante : le CBD peut interagir avec certains médicaments en modifiant le métabolisme hépatique — il peut augmenter ou diminuer la concentration de certaines molécules dans le sang. Si vous êtes sous traitement médicamenteux, consultez avant d’intégrer une teinture concentrée dans votre routine.
Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille
