Planche botanique : Bardane

Petit, je la confondais avec de la rhubarbe sauvage. Puis avec du chardon-marie. Et quand j’avais enfin compris que c’était ni l’un ni l’autre, je passais mon temps à essayer de décoller ses graines de mes vêtements en laine — ces petits crochets diaboliques qui s’accrochent à tout et ne lâchent rien. J’en ai déchiré plus d’un bas de t-shirt dans des crises de rage. La seule chose que j’avais trouvée de bien à faire avec elle, c’était utiliser ses grandes feuilles comme chapeau quand le soleil tapait trop fort pendant mes balades. C’est tout.

Il m’a fallu quelques années pour que cette emmerdeuse finisse par captiver mon attention. Et quand ça s’est fait, j’ai compris que j’étais passé à côté de quelque chose de remarquable pendant tout ce temps.

La bardane est originaire d’Europe et d’Asie, maintenant répandue partout dans le monde. Ses grandes feuilles en cœur — velues, rugueuses, qui peuvent atteindre cinquante centimètres — disposées en rosette à la base. Ses fleurs pourpres ou roses en capitules globuleux, portées par de longues tiges robustes. Et ses bractées épineuses en forme de crochets — les fameuses — qui ont rendu ma vie difficile pendant des années et qui, je dois l’admettre aujourd’hui, ont peut-être contribué à ce qu’on se souvienne de cette plante. Elle prolifère dans les sols humides et rocheux, en plein soleil. Une fois qu’elle s’est installée, elle ne demande plus rien.

Le premier remède que j’ai appris avec elle, c’est mémère de la campagne qui me l’a montré. La racine broyée, mise en décoction, le jus imbibé sur des compresses — pour soulager les boutons d’acné douloureux. Simple, concret, efficace. Des années plus tard, en Auvergne, un ancien du village de Gaillac m’a appris autre chose. J’avais quatorze ans, je venais de traverser les plaines à cheval pendant deux jours, j’avais mal bu, et je souffrais de douleurs à la vessie et dans le bas du dos. Il m’a préparé le jus des feuilles avec du miel — pour favoriser l’écoulement de l’urine et soulager la douleur. Ça a marché.

Aujourd’hui, dans mes pratiques, je me concentre uniquement sur la racine. C’est elle qui m’intéresse, elle qui concentre le plus de propriétés pour les problèmes chroniques. Les feuilles et les graines ont leurs vertus — les graines sont même considérées comme plus puissantes dans les phases aiguës d’une maladie — mais c’est la racine que je creuse chaque automne dans le jardin, uniquement sur les plantes de première année. L’année suivante, elle ne sera plus utilisable. Alors dès que la saison arrive, je suis dehors avec ma bêche.

Ce que cette racine contient est impressionnant. Riche en chrome, en magnésium, en inuline — ce prébiotique qui nourrit la flore intestinale, particulièrement précieux après une cure d’antibiotiques qui a tout rasé. Riche en fer, elle renforce le foie et les reins en simultané, ce qui en fait la première plante à utiliser pour les éruptions cutanées chaudes — psoriasis, eczéma, herpès, acné, furoncles. Elle régule la glycémie, ce qui en fait un allié sérieux pour les personnes diabétiques, résistantes à l’insuline ou souffrant du syndrome X. Et associée au trèfle rouge ou au pissenlit, elle est couramment utilisée pour ralentir ou éradiquer les tumeurs.

 

Ce qu’elle fait pour le corps — dans le détail

La détoxification de l’organisme. C’est son action centrale. Elle purifie le sang, soutient le foie, les reins et le système lymphatique en profondeur. 15 gouttes de teinture-mère de racine trois fois par jour pendant deux mois en interne. Une cure à faire à l’automne, quand la racine est fraîchement récoltée et au meilleur de sa concentration.

La filtration et la purification du sang. 15 gouttes trois fois par jour pendant trois mois en interne. Une cure plus longue, pour les problèmes chroniques — peaux réactives, éruptions récurrentes, foie surchargé. C’est là que la bardane travaille le mieux, sur la durée.

L’activation des glandes lymphatiques, sudoripares et sébacées. 15 gouttes au besoin en interne. Elle relance les systèmes d’élimination naturelle du corps — un soutien précieux lors de périodes de surcharge toxique.

La peau — acné, psoriasis, eczéma, furoncles. En teinture-mère sur le long terme pour agir de l’intérieur. En cataplasme de feuilles pour agir directement sur la zone — enflures liées à des fractures, ecchymoses, ulcères de jambe, escarres, douleurs articulaires, furoncles, kystes. Les feuilles soulagent aussi les irritations oculaires, conjonctivites et orgelets en compresse.

La glycémie et le diabète. La racine est riche en inuline et en chrome — deux régulateurs naturels de la glycémie. Les herboristes l’utilisent couramment pour le diabète, la résistance à l’insuline et le syndrome X. L’infusion de dix heures, à raison de 50ml quatre fois par jour, produit les mêmes effets que la teinture-mère.

La flore intestinale après antibiotiques. L’inuline contenue dans la racine est un prébiotique puissant qui nourrit et restaure la flore intestinale mise à mal par les antibiotiques. Une cure de teinture-mère après chaque traitement antibiotique est une des meilleures choses qu’on puisse faire pour son intestin.

Le cuir chevelu. L’eau des graines stimule le bulbe du cheveu et assainit les cuirs chevelus en mauvaise santé — à utiliser en friction régulière.

Contre-indication à connaître : la bardane peut interagir avec les médicaments régulateurs de glycémie — surveillez si vous êtes sous traitement. Son action diurétique demande d’augmenter la consommation d’eau pendant toute la durée de la cure pour éviter de surcharger les reins.

C’est tout simplement l’une des herbes détoxifiantes les plus sûres, les plus efficaces et les plus savoureuses des médecines occidentale et traditionnelle chinoise. Dépurative, cicatrisante, stimulante biliaire, diurétique, antirhumatismale. Les herboristes de tous temps la portent très haut. Et maintenant que je sais ce qu’elle fait, je comprends pourquoi.

Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille

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