Dans le jardin de mes parents, il y en avait un. Presque six mètres de haut, des branches épineuses dans tous les sens, et moi qui voulais y monter quand même. Je me piquais sans arrêt. Je le trouvais inutile, agressif, encombrant. Un arbre à éviter.
La nuit du 25 au 26 décembre 1999, la tempête l’a mis à terre. Je me souviens très bien du petit déjeuner du lendemain, à contempler les dégâts depuis la fenêtre. Ma première pensée ? Je n’allais plus me faire piquer. La deuxième ? L’immensité du travail pour le débiter. Je n’ai fait preuve d’aucune pitié.
Mon amour pour l’aubépine est arrivé bien plus tard. J’avais dix ans, et on venait de perdre pépé — le mari de mémère de la campagne. Elle m’a tendu une petite fiole, l’essence de ses fleurs, avec une vieille pipette graduée de l’après-guerre. Quelques gouttes plusieurs fois par jour pour le chagrin. Cet arbre que j’avais en horreur allait balayer les douleurs de mon cœur. Cette pipette, elle est encore au grenier, dans une des mille-et-une boîtes qui le composent.
L’aubépine est un arbuste ou un petit arbre de la famille des Rosacées. Ses feuilles dentelées, ses fleurs blanches ou roses qui s’ouvrent au printemps, ses petites baies rouges — d’abord vertes, puis rouge vif à maturité, parfois jaunes ou noires selon les espèces. Ses branches épineuses, que je connaissais bien pour m’y être piqué des dizaines de fois. Largement répandue en Europe, toutes ses espèces sont comestibles. Les baies font une gelée délicieuse sur une tartine beurrée, leur goût âpre se marie parfaitement avec une infusion de menthe fraîche. Les fleurs et les feuilles infusées avec un fond de miel et une feuille aromatique — c’est à la fois un vrai médicament et un régal.
Quand j’en parle à mes élèves, ils pensent immédiatement au cœur. Et ils ont raison. C’est son organe de prédilection — physique et émotionnel. Sur le plan physique, l’aubépine protège et nourrit le cœur, améliore l’utilisation de l’oxygène, dynamise ses cellules, améliore la circulation sanguine. Elle est efficace aussi bien pour l’hypertension que l’hypotension — c’est un régulateur, pas un stimulant ni un bloquant. Son utilisation sur le long terme est particulièrement recommandée pour les cœurs vieillissants, les cœurs faibles, les cœurs endommagés, les personnes souffrant d’angine de poitrine, d’arythmie, de maladie des valves cardiaques ou de la maladie de Raynaud. J’utilise les trois parties — baies, feuilles, fleurs — sous forme de teinture-mère.
Mais ce qui me touche le plus dans cette plante, c’est ce qu’elle fait pour le cœur émotionnel. Elle apporte un calme que peu de plantes atteignent — quelque chose entre le câlin et la structure. Elle aide à traverser le chagrin, l’anxiété, les palpitations liées au stress. Elle travaille avec le système nerveux pour instaurer un cycle de sommeil équilibré. J’adore la mélanger avec de la rose quand je travaille sur les chagrins profonds et le manque d’amour-propre — les deux plantes se complètent avec une douceur remarquable.
Ce qu’elle fait pour le corps — dans le détail
Le cœur physique et la tension artérielle. C’est son domaine premier. Elle régule aussi bien l’hypertension que l’hypotension, soutient la fonction cardiaque globale, améliore la circulation. 15 gouttes de teinture-mère de fruits une fois par jour en interne, en continu et sur le long terme — c’est une plante de fond, pas d’urgence. Particulièrement recommandée pour les cœurs vieillissants, fragilisés ou endommagés.
L’angine de poitrine. 15 gouttes de teinture-mère quatre fois par jour en interne pour accompagner les épisodes douloureux et soutenir le muscle cardiaque en profondeur.
Le cœur émotionnel, le chagrin et l’anxiété. C’est là qu’elle m’a touché pour la première fois, à dix ans, avec la pipette de mémère. 10 gouttes de teinture-mère trois fois par jour en interne. En mélange avec de la rose, elle accompagne les deuils, les ruptures, les moments où le cœur porte trop. Elle aide aussi ceux qui manquent de limites et d’amour-propre.
Le sommeil et les palpitations liées au stress. Elle calme le système nerveux et aide à rétablir un cycle de sommeil équilibré. Les mêmes 10 gouttes trois fois par jour suffisent — c’est une action douce et progressive qui s’installe avec le temps.
La toux et les yeux irrités. L’infusion de fleurs — huit heures minimum — est un antitussif efficace. Imbibée sur des compresses posées sur l’œil pendant vingt minutes, elle soulage les orgelets et les irritations oculaires. À renouveler autant que nécessaire.
La digestion. L’infusion de fleurs et de feuilles accompagne la digestion et soulage les inconforts digestifs post-repas. Les jeunes feuilles fraîches peuvent simplement être ajoutées aux salades composées.
Contre-indication à connaître : évitez l’aubépine si vous souffrez d’insuffisance cardiaque congestive diastolique. Elle peut interagir avec certains médicaments cardiovasculaires, antidépresseurs et sédatifs — consultez avant d’intégrer une teinture concentrée si vous êtes sous traitement.
Dans certaines cultures, l’aubépine est sacrée. Dans la tradition celtique, c’était un arbre de passage, associé aux rites importants de la vie. Dans le langage des fleurs, elle symbolise l’amour et la dévotion — mais aussi la prudence, à cause de ses épines. Un arbre qui donne et qui protège en même temps. Ça lui ressemble.
Herboristiquement vôtre,
François Roger de Loraille

