Je casse un mythe… Le Cidre de Feu n’existe pas !
Le Cidre de Feu (littéralement traduit de Fire Cider) est une préparation contemporaine et popularisée dans l’herboristerie américaine à partir de la fin des années 1970. Elle est devenue à la mode et a largement circulé depuis. Très bien. Mais pourquoi faudrait-il maintenant traduire son nom littéralement et parler, en France, de « cidre de feu » comme s’il s’agissait d’une préparation ancestrale ?
« C’est là que cela me gêne et c’est là que la limite entre la médecine traditionnelle et les herboristes 2.0 se pose. »
Parce que cette préparation s’inscrit dans une famille beaucoup plus ancienne : les oxymels, ces préparations associant notamment vinaigre et miel, connues depuis l’Antiquité, donc depuis plus de 2 000 ans. Nous avons donc déjà un mot, déjà une histoire, déjà un vocabulaire. Et surtout, nous avons déjà tout ce qu’il faut chez nous. Je n’ai rien contre le Fire Cider, ni contre les traditions américaines. Les traditions circulent, les recettes voyagent, elles évoluent.
Mais plutôt que de reprendre des préparations remastérisées à l’autre bout du monde, avec des ingrédients pensés pour un autre biotope, je trouve tellement plus intéressant de remettre en lumière nos propres savoirs ancestraux et toute l’histoire folklorique qui les accompagne. Parce qu’on n’a pas besoin d’aller chercher très loin. Nous avons notre thym, notre romarin, notre ail, nos oignons, notre miel, nos vinaigres, nos plantes, nos fruits, nos propres alcools et tout un patrimoine de préparations qui s’est construit ici, sur notre territoire, au fil des milliers d’années.
« Tout cela est à notre disposition. Et c’est déjà extrêmement riche. »
Le problème n’est donc pas de s’inspirer de ce qui vient d’ailleurs. Le problème, c’est de reprendre un terme parce qu’il est devenu populaire sur Internet sans chercher ce qui existait déjà chez nous, juste pour faire le buzz. À force de recopier les mêmes contenus, on finit par donner l’illusion qu’une chose est nouvelle simplement parce qu’elle est devenue virale.
Quand on transmet des savoirs, on devrait avoir la curiosité de chercher leur origine, leur histoire et le vocabulaire qui permet de les comprendre. Sinon, on ne transmet plus vraiment : on reproduit. Alors je préfère parler de Fire Cider lorsqu’il s’agit de la préparation américaine, et d’oxymel lorsqu’il s’agit de cette ancienne famille de préparations, issue de notre terroir ! Cela me paraît beaucoup plus honnête et coherent.
On peut très bien découvrir ce qui vient d’ailleurs sans oublier ce que nous avons déjà chez nous.
